VISITE A CONTEVILLE
 

Maisons Paysannes de l’Eure
20 septembre 2014

 

L’ancien presbytère de Conteville

 

  Un beau bâtiment brique et pierre, XVIIIème, bien visible au fond de la place.
Nous sommes reçus aimablement par Madame Martine Lecerf, maire, qui nous ouvre la maison, où subsistent le salon intact, avec ses boiseries, sa cheminée, et la cuisine avec son grand âtre de brique d’époque.
 

 

 

Marie-François-Gilles REVER DE BEAUVEZ

 

 

 

 

Né en 1753 à Dol, près de Saint Malo, fils d’un avocat du Parlement de Rennes. Entre dans les ordres. Remarqué par l’évêque, il est envoyé terminer ses études au séminaire de Saint Sulpice à Paris. Après plusieurs fonctions, il est nommé curé de la paroisse de Conteville grâce à une des nombreuses singularités des divisions administratives de l’Ancien Régime. Il s’agit de « l’exemption de Dol » (comprenant Conteville, Quillebeuf et trois communes voisines) : bénéfices accordés à Saint Samson par Childebert, Roi de Paris et fils de Clovis. Moine gallois, apôtre renommé des irlandais, des gallois et des bretons, évêque de Dol, Saint Samson s’était réfugié en 540 à la cour de Childebert pour lui demander sa protection. Il fuyait la tyrannie de Conomor usurpateur qui venait de conquérir la Domonée (côte d’Armor) et y répandait la terreur. Childebert le chargea de poursuivre son apostolat au sud de l’estuaire de la Seine. En 541, il fonda le monastère de Pental à Saint-Samson-de-la-Roque et pendant une vingtaine d’année évangélisa les alentours de Quillebeuf à Beuzeville et Cormeilles puis il retrouva son évêché de Dol.

Bien des siècles plus tard, un évêque avisé fit rétablir à son profit ces bénéfices oubliés au fil du temps ; l’exemption se perpétua ainsi jusqu’à la révolution.
Les premiers Ducs de Normandie pour se protéger des incursions venues de la mer, attachaient une grande importance au bourg de Conteville et à son château, toujours gardé dans la main du Duc et confié à des hommes sûrs. C’est à l’un d’eux que le Duc Robert confia, vers 1030, sa compagne more danico Arlette dont il avait eu en 1027 un fils Guillaume, le futur Conquérant : Herluin, chevalier modeste, était né sans doute au Bois-Hellain. Herluin fonda, vers 1050, l’Abbaye de Grestain.
François Rever, curé en 1789, prête serment à la Constitution civile du clergé, en mai 1791, puis est élu député à l’Assemblée Législative le 30 août 1791. Ensuite, il rend ses lettres de prêtrise afin de se livrer à ses fonctions administratives, puis à l’étude et l’enseignement, sans renier la religion. L’évêché lui demande plusieurs fois de reprendre son ministère mais il n’accepte jamais.
Il s’installe à Evreux, fonde la Bibliothèque publique, en fut le bibliothécaire, participe à la fondation de l’Ecole Centrale, où il fut professeur, notamment de physique et chimie. Il s’agissait alors de former des instituteurs, peu nombreux et parfois fort incultes.
Dans le règlement de l’Ecole, il inclut des visites découvertes, afin d’aborder toutes les activités humaines, géologie, géographie, archéologie, histoire, étude du bâti, de l’agriculture, de l’industrie…
Part en voyage d’étude dans notre région, campant avec ses étudiants, la tente est acheminée jusqu’à l’étape suivante, pendant qu’à pied, on observe, étudie et dessine tout ce qu’offre la région.
Ils couchent sur la paille, ce qui lui paraît sain en cet été.

 

 
 

 La pointe de la Roque, au confluent de la Risle
et de l’embouchure de la Seine en 2014.

 
 

 
 

 
 

 
 

Il relate ces vacances de l’an 8, expérience pédagogique inédite, mise au règlement de l’Ecole, mais hélas non perpétuée, dont nous possédons heureusement le précieux témoignage.
Il revient s’installer à Conteville, dans l’ancien presbytère qu’il avait acheté comme bien national où il accueille le curé en exercice. Il y devient maire et y poursuit ses différentes études, utilisant pour ses
expériences le grand bâtiment situé au fond du jardin.

 

 

 

 
 

APERCU DE SES TRAVAUX ARCHEOLOGIQUES

 
 

 
  Il découvre Lillebonne, peut-être le plus grand théâtre antique hors d’Italie, oublié depuis la chute de l’empire romain, Son existence est alors sans doute partiellement masquée par d’autres constructions avec des pierres issues de l’édifice ancien. Cela est relaté dans un ouvrage qu’il publie.
Il travaille aussi sur le Viel Evreux et d’autres ruines antiques, dont Uggade.
 
 
 

REFLEXIONS ET AUTRES TRAVAUX

 
 

Pense que la Révolution aurait pu épargner ces effusions de sang, idée peu répandue mais bien raisonnable.

A Conteville, il fonde une école.

Dote la commune d’une pompe à incendie,

Fait installer sur une chute d’eau à Joble, un mécanisme pour couper des pierres.
S’occupe aussi de la société d’agriculture, des Comices agricoles auxquels il est très attaché.
Montre qu’il veut améliorer de toutes les façons la qualité de la vie de ses administrés, en perfectionnant leur activité agricole, de meilleures pratiques, donc d’une meilleure alimentation, de meilleurs revenus.
Une meilleure instruction aussi.

Une amélioration de leur fin de vie, en subventionnant un lit pour un
indigent à l’hôpital, refusant qu’on y inscrive son nom de donateur, pourtant pratique courante à l’époque.
Il commande une fontaine publique, terminée seulement en 1832, toujours présente.
 

Ceci n’est qu’un aperçu de ses nombreux travaux, que sa modestie l’empêchait de mettre en valeur.

 
 

 
  Il crée une variété de pomme, la Rever, bien connue et toujours cultivée ici, notamment au Marais Vernier: tardive, elle se garde tout l’hiver.
Se reconnaît au fait qu’elle n’a pas de queue et mûrit en octobre.
Pour s’en procurer, se rendre au Marché aux pommes à Sainte Opportune la Mare : tous les premiers dimanches du mois, d’octobre à avril.
 
 

 
 

Il meurt à Conteville en 1828 et lègue tous ses biens à la commune. C’est donc un homme exceptionnel, digne de l’époque des Lumières, avec des idées originales, qu’il n’hésite pas à mettre en pratique, ce qui est rare et mérite notre admiration.
 

 
 

Documentation :
Les nouvelles de l’Eure, la bibliothèque Canel.
Madame Martine Lecerf ajoute aimablement quelques précisions.

Toute la documentation sur François Rever est aux Archives d’Evreux.

 
 

Pour Maisons Paysannes de l’Eure, MP 27
et Sauvegarde des Patrimoines de la Basse Seine, SPBS.

 
 

Valentine Goetz, Jean-Marc Leprévost