LA RISLE MARITIME EN DESHERENCE

  

 

 Le port de Pont Audemer au début du XXème siècle

 

La création de l’agglomération qu’est devenue Pont-Audemer,

est motivée par le dénivelé entre la Risle fluviale

et la Risle maritime, entraînant une rupture de charge.

D’où, au moins depuis le néolithique,

débardages, embarquements, transactions

 

Autrefois il y avait un port de pêche, le poisson frais étant débarqué en ville et l’on transportait  des denrées en tous genres, dont du vin.

Des maisons de pêcheurs du XVème siècle existent encore.

 

Au cours des siècles s’installent  d’abord des monastères, puis des ateliers dont l’énergie était fournie pas des moulins. Certains subsistent mais ne servent plus.

 

(Cette énergie est pourtant toujours disponible et utilisée par des industriels locaux, ce qui pose des problèmes de sauvegarde de la faune, de mise ne conformité avec la législation, mais qu’il faudrait pourtant résoudre pour réutiliser un moyen qui contribue à nous sauver de l’effet de serre)…

 

Puis vient la concentration industrielle du XIXème et de grosses usines s’implantent le long du port:

Papeterie, tannerie, commerce d’engrais, puis d’objets en ciment moulé et divers pondéreux…

 

On se rendait encore au Havre par bateau au début du siècle dernier,

embarquant force provisions afin parfois d’attendre la marée suivante.

Le port avait été élargi pour que le bateau de Louis-Philippe puisse tourner, c’est donc maintenant un joli port, assez large et empierré.

 

Peu à peu le rail remplace le transport fluvial. Il n’est plus besoin de décharger à Pont-Audemer des marchandises qui vont plus loin, et les conteneurs, faciles à manipuler, n’existent pas encore.

Enfin, les camions remplacent le rail.

 

Le transport par péniche se maintient

cependant difficilement jusqu’en 1975.

 

Ensuite, La ville est désavantagée, car située en fond de vallée. Les camions doivent descendre et remonter, d’où l’abandon des sites industriels existants.

La tannerie, l’une des plus importantes de France il y a moins de dix ans, ferme, et la papeterie est actuellement en difficulté.

Les usines nouvelles s’installent sur les plateaux

Il y a environ 15 ans, au début de l’existence de SPBS, nous avions rencontré

l’ingénieur de la DDE, à qui le maire avait demandé une étude de remise en état de la Risle maritime.

Cette estimation, qui dort toujours à la DDE, était positive, hors le coût, jugé trop élevé par la mairie.

 

Les municipalités successives de Pont-Audemer,

ont laissé prescrire leur droit d’accès à la mer,

 

laissé construire deux ponts obligeant les voiliers de plus de 10 mètres à démâter.

Le pont tournant de Foulbec a été réparé sans qu’il puisse tourner, mais la DDE assure qu’on pourrait facilement le remettre sur ses pivots s’il devait resservir.

Un oléoduc passant à Foulbec diminue aussi le tirant d’eau…
L’envasement s’accentue par l’accumulation de boues de Seine et aussi du fait que les alluvions apportées par la marée ne sont plus refluées par les péniches.

 

Actuellement, les habitants récents ignorent qu’ils habitent un port.

 

Mais nous ne sommes pas seuls à penser qu’une restauration permettrait la circulation de péniches, donc une rentabilité, fût-elle uniquement touristique :

Péniche-restaurant, bateaux de type caravane pour vacanciers. Elles auraient le mérite d’être mobiles, donc plus intéressantes que les maisons de vacances sur pilotis envisagées au bord des Etangs, loin du centre et peu attrayantes.

 

Ceci suppose déjà bien sûr que soient réactualisées les études

de faisabilité technique, écologique et économique.

 

L’intérêt pour le tourisme aquatique est que la pointe de la Roque protège en partie la vallée de la vue et des fumées de Port Jérôme.

 

Mais même la promenade et la pêche ne sont plus agréables

à cause de l’aspect déprimant des berges laissées à l’abandon.

 

Nous avions remarqué il y a deux ans, lors des grosses précipitations, que la Risle maritime atteignait le niveau de la Risle fluviale, donc ne pourrait plus l’absorber, en cas de crue centennale, combinée avec grande marée et tempête…cette hypothèse n’est pas jugée impossible par des spécialistes.

La municipalité pense que devant une crue centennale on ne peut rien, que tout le centre ville serait inondé, ce qui ne nous parait pas une attitude responsable.

 

L’urgence est donc de débarrasser la Risle de ses embâcles,

et de la désenvaser, de la doter peut- être d’écluses pour en contrôler le cours.

 

Il faudrait au moins faire une étude, afin de savoir si effectivement, il était possible, avec des mesures adéquates, de limiter les dégâts.

  

 

    

La Risle maritime à l’écluse de Pont-Audemer en 1999 atteint le niveau de la Risle fluviale.

 

Mais sur cette Risle en déshérence, qui a réellement un pouvoir, qui peut prendre en charge les études et les travaux ?

 

Tous les services auxquels nous avons posé la question

ces dernières années disent n’être pas concernés.

 

Il y a un SAGE, de la source à Berville, qui ne semble s’occuper que des bassins versants, et une étude en cours, dont pour le moment, nous ne savons rien.

 

Notre association,  ne peut qu’alerter et poser les problèmes.

Mais chacun sait que les poser, c’est commencer à les résoudre

 

                                 Valentine Goetz, Sauvegarde des Patrimoines de la Basse-Seine 2004