RAPPORT MORAL 2009

 

 

Nous avons appris avec tristesse le décès de Geneviève Lennuyer, après une longue période de maladie invalidante. Elle faisait partie de nos premiers adhérents, et s’occupait avec passion de la restauration de sa maison de Corneville, une aile de l’ancien couvent du XVIIème siècle.

Très accueillante, elle nous la faisait visiter et nous y avons tenu plusieurs de nos réunions.

Nous apprenons aussi la mort subite, toute récente, à Lieurey, de Jean Gruvel, vétérinaire retraité, entomologiste, chercheur. Nous adressons à Nicole toutes nos condoléances.

 

Avant de commencer cet exposé, j’étais perplexe, en me demandant quelles actions nous avions entreprises cette année qui aient abouti, et la réponse était rien.
Non que nous ayons cependant été inactifs.

Dans le passé, nous avons réussi quelques actions dont nous sommes fiers, dont la découverte de ce bâtiment qui est devenu la mairie de Saint Sulpice et qui entre dans sa dixième année.
Mais elle a été le fruit d’un accord exceptionnel entre des gens de la société civile, en l’occurrence la SPBS, qui compte des spécialistes en architecture locale, des institutionnels : le Conservateur des Monuments historiques de Haute Normandie, Yves Lescroart, l’Architecte des Bâtiments de France, Jean-Pierre Brabant  et les élus : le maire de Saint Sulpice Jean-Marc Leprévost, son conseil et aussi le maire de Selles, qui a accepté de transformer un permis de démolir en permis de démontage.
                                    

Rare entente à l’origine de cette réalisation exemplaire.

 

Nous avons aussi, grâce toujours à l’attention du Conservateur des M.H., réussi à faire classer l’impasse Canel, qui a été fort bien restaurée sous la direction de l’ABF, par l’architecte Yazdanpanah.

 

Hélas, aucun accord n’a jamais pu être établi avec la municipalité de Pont-Audemer, où se trouve notre siège. 

                              
-Cette année, le collège Saint Ouen, rue Sadi Carnot, est désaffecté et mis en vente. Nous avons écrit à Monsieur Leroux, l’avons rencontré. Nous demandions qu’une petite maison XVIIème soit gardée dans son enceinte, parce qu’elle est intéressante et masque la masse d’un bâtiment récent. Monsieur Vuilliez, président de la SCI qui possédait les bâtiments, l’architecte du promoteur, Monsieur Lahyani, souhaitaient aussi protéger cette maison, sans succès.

 

Finalement le promoteur s’est désisté. Aux dernières nouvelles, ce serait la municipalité qui reprendrait les locaux pour en faire des logements sociaux. Malheureusement le permis de construire est accordé, avec permission de détruire ce petit bâtiment. Le sera-t-il ?

 

-Par ailleurs, il y a un projet de construction d’un immeuble dans le terrain de la maison Cossard, la maison normande serait épargnée, c’est heureux, mais également le petit théâtre qui ne vaut rien.

 

La municipalité le reprend, ainsi que l’ancienne poste, dite « bâtiment témoin de l’architecture 1930 », en faux pan de bois de ciment, avec des balcons espagnols! De quoi faire se retourner dans leur tombe les grands architectes de cette période. 

 

-Nous suivons un recours engagé par Maître Duteil pour empêcher la vente d’une parcelle de terrain près de la gare, qui abrite de beaux arbres. La procédure suit son cours.
-Nous avons appris que la municipalité avait aussi l’intention de couper tous les tilleuls du parking face au Marché U, pour réorganiser la place et y planter des arbres exotiques au feuillage plus léger.

 

Action écologique et gratuite sans doute.

 

Cette nouvelle est assez mal accueillie par les usagers et il va falloir agir.

 

-Il nous a été dit que des subventions étaient accordées aux commerçants pour modernisation, mais aucune aux propriétaires qui entretiennent le bâti ancien, que les touristes viennent voir et qui disparaît peu à peu ou s’orne de fenêtres en PVC, de portes de style anglo-saxon bas de gamme, afin de fournir des locations bon marché en centre ville.

 

-L’ouvrage « Vivre notre Normandie », maintenant terminé, revu, avec la participation de nombre d’entre vous, dont Denis Lefort, auteur de l’article sur les bâtiments agricoles, n’a toujours pas trouvé d’éditeur.

 

Il est vrai que je ne suis guère douée pour cette quête. J’ai fait une demande de subvention auprès de la DIREN, qui m’a été refusée, de même qu’à la Conservation des MH, qui n’a pas d’argent, les crédits pour la culture non contemporaine étant en constante diminution. Le Parc Naturel des Boucles de la Seine Normande, l’AHREN n’ont  pas d’argent, non plus que HNNE. Car notre fédération doit faire vivre trois employés. La seule chose obtenue d’elle, est de pouvoir indiquer son accord sur l’ouvrage. Je continue à chercher un éditeur qui accepterait de financer, peut-être avec une souscription.

 

-J’ai été réélue à la vice présidence de HNNE cette année.

 

Nous avons adhéré à HNNE car de nombreuses associations y ont des spécialistes de la protection de l’environnement végétal et animal et des diverses pollutions, la nôtre étant surtout la défense du patrimoine bâti. Nous y sommes les seuls spécialistes, avec Maisons Paysannes de l’Eure.

 

 -J’écris des articles de sensibilisation dans « Les Hérissantes », bulletin de la fédération. J’ai pourtant encore du mal à faire prendre conscience à certains membres de l’intérêt écologique de notre construction locale.

 

-A ce propos, nous avons à faire face à un nouveau danger. Un amendement sur la loi sur l’accélération de la construction, car en cas de crise, « lorsque le bâtiment va, tout va », retire aux ABF leur avis conforme dans les ZPPAUP, lorsqu’il s’agit d’écologie.

 

La ZPPAUP, disposition pour laquelle nous avons milité, se devait d’être une sur protection des villes et villages anciens. Cet amendement en fait une sous protection.

 

-J’ai donc écrit à tous les députés et sénateurs de Haute Normandie pour la faire abroger. Nous n’avons pas été les seuls  et l’amendement a été retiré par le Conseil constitutionnel pour vice de forme. Mais Il est à nouveau présenté. Il est ou sera voté à la rentrée par les députés.


Il faut reconnaître que les ABF ne semblent pas s’être beaucoup défendus. Pourtant, Denis Lefort propose d’inclure dans le règlement de ZPPAUP la nécessité de tenir compte de l’écologie, ce qui permet aux ABF de garder leur pouvoir, et de s’opposer à de fausses mesures écologiques, pour lesquelles nos maisons ne sont pas concernées, étant écologiques par nature.

Bataille nationale donc encore pour la rentrée même si cette loi passe, afin de protéger notre patrimoine et trouver des moyens de le garder.

 

Beaucoup de mesures sont prises par la ville de Pont-Audemer et le département de l’Eure, sans l’accord des habitants, dispendieuses et sans respect de la qualité de notre patrimoine ni de l’écologie.

 

On veut couper des arbres, ignorer le train...

 

-Ainsi ai-je assisté au titre de HNNE à une enquête sur les besoins en transport dans l’ouest du département de l’Eure. De gros efforts sont faits pour les transports  périscolaires, celui des personnes âgées, des personnes dans les villages isolés, avec la mise en place de minibus et une tarification très basse.
Il suffit de téléphoner la veille et l’on vient vous chercher. Ce sont des actions positives, mais pour les personnes qui travaillent, il n’est proposé qu’un service téléphonique ou internet pour des covoiturages.
-Rien n’est prévu côté SNCF, alors que des directives européennes demandent la remise en service voyageurs des lignes existantes et utilisées pour le fret, ce qui est le cas de la ligne Honfleur-  Pont-Audemer - Glos. D’autant que le maire de Honfleur souhaite retrouver une gare qui desservirait notamment cette ligne.
Mais ce n’est pas à l’ordre du jour du Conseil général de l’Eure
-J’ai aussi été invitée, en tant que représentant de la société civile, par le Préfet du Calvados, à donner mon avis sur la création d’un village de marques au pied du pont de Normandie. Le projet s’installe sur une zone naturelle, mais avec une compensation et sa conception est écologique, l’architecture en est réellement innovante : parois en pierre, levées de terre végétalisée pour les toits, parkings avec panneaux solaires, fossés, restitution des espèces végétales mises en jauge pendant la construction…Projet accepté.
Mais Monsieur Rufenacht y est opposé, il veut ce village de marques au Havre, et introduit un recours.

Cette création serait pourtant un bon argument pour soutenir le projet de ligne SNCF et revitaliser Honfleur et Pont-Audemer, alors que le Havre a bien des atouts économiques.

 

Il faut continuer à se battre sur tous les fronts, du  plus proche au plus général, pour convaincre.

 

                                                                                                Toutes les idées, les propositions d’action  sont bienvenues.

 

Monsieur Michelin a fait une conférence mardi dernier sur les guerres de religion à Pont-Audemer, en fait une guerre entre le duc de Mayenne et Henri IV, qui a fortement endommagé Pont-Audemer, tributaire des uns et des autres, alternativement vainqueurs ou vaincus ; elle fut bombardée, incendiée, pillée.
Quelqu’un a demandé s’il restait des maisons ayant survécu à cette période. En fait, il en reste de nombreuses, notamment toutes celles à encorbellement, puisqu’elles datent au plus tard du début de XVIème siècle, preuve que notre architecture est solide.

 

-J’ai constaté, ces dernières années, notamment en visitant les expositions de l’Ecole Olivier de Serres où j’ai enseigné pendant plus de trente ans, que son directeur, des professeurs, des professionnels, dont mes anciens élèves et les étudiants étaient de plus en plus soucieux d’écologie et de problèmes sociaux, ce qui est encourageant.

Et partout, on parle d’écologie. Mais les pouvoirs publics résistent, se plaignent des coûts, sans jamais envisager les gains qu’entraînerait une autre politique, en économies d’énergie certes, mais aussi en argent.


Ce sont des bilans qui ne sont jamais faits. Malgré cette surdité des pouvoirs publics, la prise de conscience des problèmes de notre temps gagne la société civile, avec assez de force pour bientôt se faire entendre, ce qui doit nous donner la force de continuer nos actions, si minimes et imparfaites soient-elles.

                                                                                                                                                                                                                                                                            Valentine Goetz