PLAIDOYER POUR LES EOLIENNES
J’avoue être étonnée par la polémique actuelle autour des éoliennes, qui ne sont que les moulins à vent de notre époque.

« En occident, la première mention d’un moulin à vent à ailes rigides se situe en Normandie vers 1180 »
Doc. Les moulins, Lille, 1975, Musée régional de l’Hospice Comtesse, p.43
En effet, les moulins à vent ont fourni, avec les moulins à eau, de façon directe, toute l’énergie nécessaire à l’industrie jusqu’à la fin du XVIIIème siècle.

Le moulin dans le paysage d’autrefois :
Les Moulins, Musée régional de l’hospice Comtesse, Lille, 1975, p.54
On admire ces moulins, nombre de peintures et de gravures les représentent, en animation d’un paysage ou en vue d’une église, voire d’une cathédrale.
Ils faisaient partie de la vie. J’ai vu en Flandre un ancien registre paroissial, normalement dévolu aux humains, relatant de façon touchante la mort du moulin du
village qui avait brûlé, il y était même dessiné.

Une petite aquarelle romantique, certes
charmante, mais le moulin est-il si beau ?
La politique de l’EDF a consisté, aux débuts de
l’électrification généralisée, à racheter à bas prix aux producteurs privés,
l’énergie électrique qu’ils avaient en trop, en leur faisant payer celle dont
ils manquaient, lorsqu’ils n’avaient pas assez de vent ou pas assez d’eau. Ce
qui a eu pour effet l’arrêt quasi-totale de cette production, qui répondait à
une part importante des besoins privés.
Si maintenant, l’EDF subventionne l’éolien, ce n’est donc qu’une reconnaissance
tardive, faite peut-être sans assez de discernement.
Les éoliennes sont réputées laides, ce qui n’est qu’un
jugement esthétique actuel donc, par essence, normatif et subjectif
Si l’on en croit Platon, toute chose est belle pour autant qu’elle est utile,
( « Une cuillère de figuier est belle si elle est utile… » )
Qui peut affirmer aujourd’hui qu’il n’est pas utile d’enrayer l’effet de serre ?
Il existe certes d’autres types d’énergie, mais n’y
rangeons pas la bio thermie industrielle à grande échelle. Si elle fait
économiser du pétrole, elle dégage quand même des gaz de combustion. Elle n’est
donc à encourager que pour le chauffage ménager et l’ultime élimination de
produits dont on ne peut se débarrasser autrement. Ainsi, les déchets de bois
peuvent servir, avant de fournir de l’électricité, à diverses
fabrications.
Actuellement, les éoliennes sont parfois trop grandes, mal disposées, mal
conçues.
Il est pourtant déjà des pays où l’on se déplace pour les admirer, lorsqu’elles sont seules à animer le paysage.
Elles servent déjà de modèles à de grands photographes.
Et voyez l’évolution des véhicules. Y a-t-il une ressemblance entre le fardier de Cugnot, les voiture de la fin du XIXème et nos véhicules actuels ?

Histoire
illustrée des inventions, U. Ecco et G.B. Zorzoli, Editions du Pont-Royal
(Hachette), 1961
En utilisant et en étudiant les éoliennes, on peut les améliorer sur le plan de l’efficacité, de l’aspect, de l’élimination des nuisances qui leur sont actuellement reprochés.
Nous avons des ingénieurs et des designers qui y
travaillent et qui vont améliorer sans cesse les modèles d’aujourd’hui.
Quant à la défiguration des paysages, nous avons des ponts parfois hideux, des
châteaux d’eau abominables et de toutes manières encombrants, des pylônes
affreux qui défigurent les plus belles vallées, des poteaux électriques sur les
plus pittoresques de nos routes de campagne…
On les déplore comme un mal nécessaire. Mais on en
admire d’autres comme le pont du Gard, celui de Garabit et les nouveaux ouvrages
d’art, comme le viaduc de Millau, qui certes prennent possession du site, mais
sont autant de prouesses…
Cela nuit-il au tourisme ?
Le succès touristique de Honfleur et de Deauville ne
cesse de croître, alors que ces malheureuses villes ont pour horizon les cuves à
pétrole du Havre, en un rang serré.
Et le pétrole est bien plus dangereux que le vent, car la moindre explosion
entraînerait une catastrophe majeure, sans parler de la pollution atmosphérique
et les odeurs constantes et mal combattues.

Paysage entre Deauville et Honfleur : Cuves à pétrole, usines chimiques,
souvent estompé par une brume de pollution d’une douceur trompeuse…
Le choix du nucléaire, fait à nouveau par la France
alors que nos actuelles centrales vieillissent, et que cette énergie est
abandonnée par nos voisins, est-il inéluctable ?
Nous choisissons là une énergie qui peut à tout moment, et pour des causes
multiples et impossibles à éliminer, détruire des pans entiers de cette
civilisation dont nous défendons les origines.
Qui peut se prétendre à l’abri d’un quelconque Tchernobyl ?
Et nous savons que les déchets nucléaires, répandus sans possible protection durable, auront des effets sur des millénaires, et dépasseront le temps de toutes les civilisations connues.
Comment nos successeurs gèreront-ils ces nuisances ?
Il n’entre pas dans mon propos de condamner le nucléaire,
porteur d’espoirs dans bien des domaines, mais son utilisation prématurée et
systématique pour des besoins surdimensionnés.
Comment les défenseurs du Patrimoine naturel et construit peuvent-ils préférer
cette énergie que nous ne pouvons actuellement pas encore maîtriser ?
Quelles sont les autres réponses actuelles direz-vous ?
Il en existe de multiples :
On peut fabriquer de l’électricité avec n’importe quoi, sans incidence sur les machines qui l’utilisent.
On peut l’échanger, la transporter, bien que dans ce
domaine encore, des efforts restent à faire.
On peut répondre aux besoins importants par des champs d’éoliennes situés
en mer, ou placés dans des régions désertes.
On peut retirer de l’énergie des volcans, comme on le fait déjà en Islande,
capter l’énergie solaire dans les déserts brûlants, et partout où il y a du
soleil.
Répondre aux besoins domestiques avec la géothermie, le solaire à petite échelle, les ruisseaux…
Les besoins ménagers représentent quand même une grande
part de notre consommation, et la liaison aux réseaux EDF existants pallie les
périodes de production insuffisante.
Alors, installer des éoliennes devant la cathédrale de Chartres, NON,
mais encourager le retour à un moyen ancestral de fournir de l’énergie. OUI.
Il faut former des équipes de recherche solides, pour améliorer ces drôles de machines.
Pour les associations de sauvegarde des milieux naturels et architecturaux, combattre les éoliennes est se tromper de combat.
On nous accuse déjà suffisamment de don quichottisme
Dans cette démocratie qui se dit participative, les spécialistes et les associations, composées de citoyens conscients et responsables, ne sont que peu écoutés par les élus et l’administration :
Peu de crédits pour la recherche et la sauvegarde, voix uniquement consultatives pour les associations dans les instances de décision.
Priorité à la rentabilité, alors qu’il s’agit de sauvetage.
En matière d’éoliennes, notre vrai combat est donc d’éviter les abus de
pouvoir et d’obtenir que toutes ces compétences soient écoutées et participent
au choix judicieux de leur amélioration et de leur implantation.

Doc google eole
Des moulins à vent…aux éoliennes http://www.eole.org/MouVenF.htm
V. Goetz Lemahieuw, Président de la SPBS, août 2004