LES CANAUX DE PONT-AUDEMER

Propositions pour leur restauration

 

 LES CAHIERS DE LA SPBS

 

Valentine Goetz, février 2003

Sauvegarde des Patrimoines de la Basse-Seine

Association agréée de Sauvegarde de l’Environnement

16, rue Sadi Carnot, 27500 Pont-Audemer

Tel et Fax 02 32 42 65 88

http://spbs.pagesperso-orange.fr/index.htm
 


 

Que reste-t-il au début du troisième millénaire,

des canaux qui ont fait la renommée de Pont-Audemer ?
 

Quelques panneaux publicitaires sur l’autoroute A 13,

Une affiche des années 30,

Un souvenir perpétué par quelques amateurs de pittoresque.
 

Cependant, une réalité forte : Ils sont toujours là

et leur tracé, au cœur de la ville ancienne n’a pas bougé depuis 1500 ans.

 

Un bâti encore solide, mais dégradé, gommé, laissé à l’abandon par les propriétaires et les pouvoirs locaux.On ne peut plus y circuler, on les met en basses eaux pendant justement la période touristique, on y jette des déchets.Les bâtiments qui les bordent sont maltraités. On y intervient à la diable, sans permis, pour couvrir une annexe en tôle ondulée, refaire un mur en parpaing, boucher des ouvertures avec des planches…


Ou les oublier simplement, et laisser les dépendances s’écrouler dans l’eau…

Et pourtant…

On peut faire des restaurations peu coûteuses. Certaines sont réalisables par des amateurs :

Les propriétaires soucieux de leur patrimoine, profitant du temps de travail allégé ou de leur retraite, trouveront, grâce à des associations organisant des stages de formation, des occupations utiles et intéressantes.

On peut aussi s’adresser à des artisans soucieux de qualité et ainsi participer à la prospérité locale.
 

  Des bâtiments anciens, en encorbellement,

des maisons dont la façade principale donne sur la rivière.

 

 

 

 

   

Sur les canaux, les maisons ont souvent des portes d’entrée principale

donnant sur l’eau.

 

Il y a aussi des bâtiments annexes, des séchoirs de tanneries, puisque le tannage était l’activité principale de la ville, et des dépendances pittoresques, généralement de faibles dimensions, dont de nombreux «petits cabinets de province », chers aux Frères Jacques...

 

Lorsque les canaux étaient utilisés, ils étaient de véritables rues, bien que les maisons soient aussi desservies par des ruelles à l’arrière, comme à Venise.

 

De nombreuses venelles permettaient à tous d’avoir accès à la rivière.

Et il nous reste bien des lavoirs.
 

Les fontaines étaient rares, utilisées seulement pour l’eau potable.

On en voit l’emplacement sur les plans anciens :

L’une au centre de la rue de la République, l’autre au centre de la rue Sadi Carnot.

Jusqu’à une période récente, beaucoup de maisons n’avaient pas l’eau courante. Ainsi, beaucoup de tâches ménagères ou artisanales étaient accomplies sur ces canaux.

Les canaux servaient aussi au transport des marchandises au moins, semble-t-il, jusqu’au milieu du XIXème siècle.

 

La municipalité admet l’existence de cet ancien moyen de communication puisqu’elle représente les barques, appelées échaudes, en dessins et maquettes.

 

 

 


 

 

 

 

 

Ici, on voit bien la

montée qui menait

à une passerelle.

 

En contre-bas,

le lavoir.

 

La passerelle ayant

disparu, la venelle,

sur l’autre rive, a été

privatisée.

Ces privatisations

sont hélas

fréquentes.

 

Le pavement,

ancien, précieux

car intact,

est en silex.

 



 

Ces canaux étaient et peuvent toujours être des voies de communication, donc on peut en considérer les bâtiments non comme des arrières, mais bien comme des façades.


Cette reconnaissance  apporterait un changement considérable

 

Car les Bâtiments de France pourraient donner leur avis sur les travaux de restauration ou de reconstruction dans des parties considérées actuellement  comme non vues, qui entraînent  la perte de caractère de la ville.

 

Ces restaurations seraient alors correctement menées, sans tôle ondulée, ciment, et autres matériaux dégradants.

 

.En contrepartie, les propriétaires pourraient alors obtenir des subventions,

notamment au titre des Bâtiments Ruraux Non Protégés et cela entraînerait  à terme, une participation de la municipalité,

Il y aurait un gros travail de réaménagement des conduits d’eaux usées,

revenant à la Ville.

 


 

 

 

 

Il serait plus

Intéressant,

touristiquement,

de reconstruire

quelques unes de

ces barques et

d’organiser un

circuit de visites.

 

Cela permettrait

d’augmenter

l’intérêt  du

centre-ville,

 

et les propriétaires

seraient plus

soucieux de

l’entretien de leur

patrimoine.

 

Ici, deux vues du même pont en dos d’âne, d’origine XVIIème. (datable grâce à son rebord de pierre), vu dessus et dessous.
 


 

On voit que

d’inesthétiques

canalisations

empêcheraient

toute navigation.

 

Les canalisations

proches des murs

pourraient être

dissimulées

simplement avec

des iris d’eau,

ou d’autres plantations.

 

On doit celles-ci à un riverain.

 


 

 

Si l’on veut restaurer sérieusement, il faut d’abord observer les matériaux et les techniques employés aux différentes époques de la construction.

 

A Pont-Audemer, sur des bases gallo-romaines, ( l’aménagement des canaux date sans doute de cette époque), les maisons se sont toujours reconstruites sur les fondations précédentes.

Les matériaux des bases sont le calcaire dur, des pierres arasées des îlots primitifs.

On trouve encore une trace de rocher à la base d’un mur, Place de la Ville.

 

Les plus anciennes fondations visibles remontent au XIIème siècle et beaucoup de murs sur les canaux peuvent être datés du XV au XVIIIème siècle.

 

Dans les parties basses, ils sont en silex « tête de chat », grossièrement taillés, entre des chaînages de pierre blanche.

Puis les chaînages, destinés à dresser les murs correctement, sont en brique rose.

 

Sur les murs anciens, tous les assemblages: Calcaire, silex et brique sont possibles.

Certains murs sont en silex grossier, recouverts « à pierre vue », d’enduit de chaux.

Parfois, pierre ou brique forment l’ensemble des murs, en chaînage, carreau ou mélanges hasardeux, dus à des restaurations, l’histoire de la ville étant tourmentée.

 

 

On trouve aussi parmi les matériaux anciens, de belles pierres appareillées, de la brique rose hélas souvent creusée, mais que l’on peut maintenant  trouver dans le commerce, et de la brique 11/22, plus sombre, seulement  à partir du XIXème siècle.

 

Les parties hautes sont généralement en colombage. Entre les colombages,du torchis laissé apparent, ou des moellons de craie, assemblés au plâtre lissé.

 

      

 

Les colombages peuvent être recouverts d’essentage en forme d’écailles et, plus tardivement, d’ardoise, sur les murs mal exposés.

 

 A l’origine, les toits étaient en petite tuile rousse. Maintenant, ils sont le plus souvent en ardoise, ce qui n’est pas dans la tradition du matériau local :

Autrefois le transport était cher et l’argile des tuiles était trouvée sur place.

Toutefois l’utilisation de l’ardoise remonte, pour les demeures des gens aisés, au XVème siècle, avec la mode des toits très aigus.

 

 

On est loin aujourd’hui de l’utilisation des matériaux traditionnels.

 

On remplit les entre colombages en ciment, ce qui fait pourrir les bois.

 

Ou l’on laisse des vides, recouvrant les bois d’essentage d’ardoise, vraie ou fausse, voire d’un voile de ciment posé sur grillage.

Ces pratiques affaiblissent les constructions et entraînent des dangers d’incendie.

Si la charpente est en cœur de chêne, les interstices bouchés correctement, avec des matériaux inertes, le feu a bien du mal à prendre.

Si les colombes sont à nu, il prend comme un bûcher.

 

De même, il est courant que les réparateurs de murs les recouvrent d’enduit de ciment.  Or, les mortiers anciens de chaux sont microporeux, empêchent l’eau de rentrer, permettent à l’humidité intérieure de sortir, sans condensation.

Il est curieux que l’on comprenne l’intérêt de la microporosité pour les vêtements et que l’on ne puisse l’admettre pour les murs.

 

Si l’on veut des restaurations de qualité, il faut donc observer les matériaux et les technologies d’autrefois, les adapter à notre outillage actuel.

et apprendre, que l’on soit amateur ou entrepreneur, à les réutiliser.


On peut imaginer des aménagements modernes, avec davantage de parois vitrées et un style contemporain, mais il faut se garder de détruire les beaux murs d’autrefois, qu’il suffit souvent de rejointoyer. Il faut garder les corbeaux de pierre datant parfois du haut  moyen âge, qui servaient à soutenir des passages d’une pièce à l’autre par des balcons couverts.

Sauver tout ce qui peut l’être, sans en faire trop, afin que les restaurations soient discrètes et n’entament pas le charme de notre vieille ville.

 

 

Une maison

du XVIème,

récemment et discrètement

restaurée.

 

 Photo : Roger Lesage

Il faut que les habitants s’intéressent à leur patrimoine, prennent conscience de sa valeur,
les pouvoirs publics suivront.